Chine « A la rencontre du pays rêvé. » - Loïc Vizzini
     
Chine « A la rencontre du pays rêvé. »
Comment rendre compte d’un pays aussi vaste et mélangé que la Chine ?
Sans connaître le pays, sa culture, encore moins sa langue, chacun nourrit toutefois une représentation de la chine au travers d’une iconographie qui fonde son mythe pour tout occidental.
On pense aux images de “carte postale” qui montrent les grands paysages, les vélos dans les villes, la multitude de la foule, les toits en pagode...
On invoque également les images du photojournalisme qui témoignent de la répression politique, du nouveau visage d’une chine en marche, entraînée par une expansion économique ravageuse, un pays que l’on décrit entre tradition et modernisme, il y a également les images qui montrent une chine superlative, celle des grands travaux.
Voila donc ce qui nourrit le regard de tout à chacun.

A la lecture des photographies de Loic Vizzini, on comprend que son parti pris a été de se débarrasser de toute cette imagerie, la refuser comme repère dans ce pays inconnu, soulever le lourd rideau du mythe et tenter d’aller à la rencontre du pays rêvé.
Pour y parvenir, il semble avoir abordé la Chine comme un pays imaginaire,nourri par ses propres rêves d’enfant. A ce titre, Il pourrait faire sien l’enseignement de Jean Grenier qui à propos de l’Inde écrivait “ L’important n’est pas de voir l’inde telle qu’elle est, d’après les européens ou les indiens - c’est d’ailleurs une ambition absurde. C’est en la considérant comme un pays imaginaire qu’on s’approche le plus de sa réalité”.
Le risque était toutefois de se perdre, de s’égarer dans le grand extérieur de la Chine, l’infini de ses paysages.
Pour guider son errance, Loïc Vizzini a choisi une origine Xi’an à l’est du pays, une destination le désert de Taklamankan qui fait figure de Far West. Entre les deux points un trait sur la carte qui suit la route de la soie.
Au fil de son voyage, le photographe s’est attaché à capter des sensations, des attitudes, des regards, en se fiant au hasard des rencontres.
Ces rencontres interviennent aussi bien dans l’espace des rues, sur des marchés populeux, dans l’intimité des intérieurs, dans des lieux dévolus au travail, des lieux rincés par le tourisme de masse, dans des endroits loin de tout enfin.
Chaque photo montre des scènes captées au rythme de la marche, en prise directe. Les personnages sont tour à tour des montagnards à la peau burinée et en chapka, des femmes musulmanes voilées, des ouvriers de la campagne, des militaires en goguette, des touristes chinois qui vont chercher l’exotisme à l’ouest du pays, des actrices sur un tournage, des jeunes urbains habillés à l’occidental.
Face à ces personnages, le photographe adopte toujours une distance juste. Parfois un éloignement discret jusqu’a s’effacer, parfois des visages pris au plus près.
D’autres photos, vides de présence, montrent des paysages mystérieux qui tirent leur magie de leur isolement et du temps qui semble suspendu. Le lac à l’eau sombre au lever du jour, la mosquée perdue dans un village de montagne Kyrgiz, composent autant de paysages qui ont des allures de bout du monde.
La magie se retrouve également sur d’autres images qui empruntent à l’univers des surréalistes. On pense alors à la photographie qui montre un personnage derrière un arbre, le parapluie suspendu et qui se livre à un rituel mystérieux ou bien la scène des militaires qui se prennent mutuellement en photo, tous identiques les uns aux autres comme un même personnage démultiplié, une véritable mise en abyme burlesque.
Ailleurs le regard est plus engagé, il témoigne notamment de l’oppression qui touche les ouigours. La robe pendue au clou symbolise de manière sensible l’identité marginalisée de ce peuple. D’autres images rendent compte des conditions de travail inhumaines qui touchent les ouvriers de la campagne. Ce quasi exclavagisme prend figure dans le corps endormi de cette ouvrière, recroquevillée sur un lit, trouvant le repos une fois débarrassée du fardeau du travail. L’oppression dont elle est l’objet pourrait se nicher dans cette couverture en boule a ses côtés, pleine des angoisses et des fatigues cumulées. Le fardeau du travail également pour cet employé qui monte a dos d’homme des luges au sommet d’une dune pour que des touristes puissent la dévaler à loisir.
L’assemblage des différents fragments décrit un parcours narratif. Un regard instinctif, amusé, engagé, poétique saisit une Chine à visage humain, dans toute sa diversité et ses mélanges.
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